Méthodologie de CARE

Eléments méthodologiques de CARE 

Présentation des grandes phases dans la mise en oeuvre de CARE 

NB: cette présentation est une simple synthèse ne permettant pas de mettre en oeuvre CARE

Méthodologie V2
mise à jour: 09/02/2022

Introduction

Opérationnellement, CARE développe une méthodologie, logiquement déduite du cadre conceptuel de CARE et des différents axes du projet CARE.

Cette méthodologie évolue dans le temps pour s’affiner en fonction des retours des expérimentations, tout en restant cadrée par le cadre conceptuel.

La méthodologie actuelle est la version 2 (V2). Elle repose sur 8 phases.

Les organisations peuvent s’arrêter à une phase donnée, selon leurs besoins et leur « maturité » (en termes d’informations disponibles, de restructuration de leur modèle d’affaires, etc.).

Description

Méthodologiquement, CARE restructure

  • les tableaux de bord,

  • les indicateurs,

  • le modèle d’affaires,

  • la compréhension de la création de valeur, du chiffre d’affaires et de la chaîne de valeur,

  • le bilan/compte de résultat et

  • les performances de l’organisation,

articulant des comptabilités biophysiques et une comptabilité intégrée finale, connectée à la comptabilité financière de l’organisation.

Les capitaux, au sens de CARE, sont appréhendés par la définition de bons états écologiques, de niveaux de travail décents, de préservation de l’intégrité des êtres humains employés, etc. sur base scientifique et collectivement acceptée.

CARE connecte les enjeux financiers et extra-financiers par le coût, en particulier les coûts de conservation des capitaux. La théorie de valeur de CARE repose dès lors sur le coût. 

La méthodologie permet d'apporter un gain informationnel, quantitatif et qualitatif sur les performances de l’organisation. 

Mise en oeuvre

CARE n’a pas un rôle de "juge" de l’organisation mais de support à la prise de décision et de (re)cadrage de l’activité.

Sa mise en œuvre se fait en collaboration avec elle.

 

Des ateliers/dialogues sont organisés avec les équipes de l’organisation préalablement identifiées.

Ces ateliers/dialogues permettent, d’une part, de recevoir les informations nécessaires au déroulement du projet d’implémentation et, d’autre part, de former les équipes dont le travail sera modifié par CARE.

Phase 1

Définir les capitaux extra-financiers

[Redéfinition de la soutenabilité en termes de capitaux (sources de préoccupation) au sens de CARE]
 

Discussion avec l’organisation pour déterminer les capitaux à préserver, au sens de CARE.

On repense toutes les problématiques environnementales liées à l’activité propre de l’organisation en termes d’entités capitales à préserver, ce qui permet de décentrer le regard de l’organisation au-delà de son périmètre.

Une fois déterminés, les « capitaux » sont représentés par des « traducteurs d’état » (ensemble d’indicateurs et/ou d’acteurs capables de renseigner concrètement l’organisation sur l’état écologique des capitaux).

Ces traducteurs d’état sont associés à des « seuils de préservation » scientifiquement validés : le dépassement d’un seuil par un des traducteurs d’état d’un capital donné correspond ainsi à une dégradation du capital considéré, et donc à l’émergence d’une dette vis-à-vis de ce capital.

Exemples.

  • Pour le « capital-climat » :

    • Traducteur d’état : budget carbone 

    • Seuil : budget carbone aligné sur les Accords de Paris, tel que déterminé par SBTi (Science Based Targets initiative);

  • Pour un « capital-être humain employé » :

    • Traducteur d’état (entre autres) : médecin du travail

    • Seuil : état de bonne santé tel qu’apprécié par la médecine du travail.

Phase 2

Insérer les capitaux dans le modèle d’affaires

[Tableaux de bord, Comptabilités biophysiques, Re-compréhension de l’activité de l’organisation et de sa création de valeur]

Pour chaque capital déterminé en phase 1, une étude de leurs différents « emplois » dans l’exploitation de l’organisation est menée.

 

Chaque emploi correspond à un actif au sens de CARE. Cette phase permet à l’organisation de comprendre précisément comment les capitaux participent à son activité et quel est le support réel de sa création de valeur.

 

Chaque emploi d’un capital est un support de création de valeur et, en même temps, une source possible de dégradation de ce capital

 

➔ Lien entre emplois (actifs), créations de valeurs et dégradations des capitaux

Sont mis en évidence des « indicateurs d’impacts » qui mesurent et suivent l’impact négatif que chaque emploi peut occasionner aux traducteurs d’état des capitaux, pour déterminer si un emploi conduit à dépasser les seuils de préservation des capitaux.

Sont également structurés des « indicateurs de gestion » qui sont des indicateurs directement liés à la gestion de l’organisation et corrélés, de façon plus ou moins complexe, aux indicateurs d’impacts[1].

Les traducteurs d’état, les indicateurs d’impact et les indicateurs de gestion forment une comptabilité biophysique, structurant des tableaux de bord aptes à suivre dans le temps l’état des capitaux et l’éventuel dépassement de leurs seuils de préservation, au regard de leurs emplois dans l’exploitation de l’organisation.

Exemple.

Pour le « capital-climat » :

Emplois : Entreposage de GES

➔ Indicateur d’impact : Emissions directes de GES

➔ Indicateur de gestion (entre autres) : Intensité carbone (rapport entre émissions et production de l’entreprise) 

Phase 3

Structurer les actions de préservation et les différencier avec les actions d’évitement

A chaque fois que des emplois de capitaux sont décidés et qu’il est estimé que ces emplois conduiront dans le temps à un dépassement de seuil de préservation (cf. Phase 2), des « actions de préservation » doivent être prévues pour garantir la préservation de ces capitaux.

Ces actions de préservation sont de deux types : prévention et restauration.

 

Ces actions structurent la « fonction de préservation » de l’organisation.

Ces actions sont différenciées des « actions d’évitement », qui font partie de la fonction d’exploitation de l’organisation. Une action d’évitement est une activité d’exploitation normale mais qui a comme conséquence d’avoir moins d’impact sur un capital donné. En cela, on considère qu’elle permet à l’organisation de se désendetter au niveau de ses capitaux extra-financiers.

Exemple.

Action de préservation (pour un capital-sol) : paillage du sol

Action d’évitement (pour le capital-climat) : achat d’une machine moins émettrice de GES

Phase 4

Prendre en compte la chaîne de valeur et les investissements financiers (prêts, titres, etc.)

Requalification et réévaluation des flux entrants et des flux sortants de l’organisation le long de la chaîne de valeur de l’organisation (et lors de ces investissements financiers), à partir de l’hypothèse que CARE est appliquée à l’ensemble de la chaîne de valeur.

  • Flux entrants : charges externes et charges d’achats

➥ Classification de ces charges via une matrice permettant de mettre en lumière leur impact sur l’organisation (charges servant à la préservation de l’organisation, à des actions d’évitement, etc.)

➥Réévaluation de ces charges pour y intégrer les coûts de préservation des capitaux en amont de la chaîne valeur et qui ne sont pas pris en compte actuellement.

Exemple : une entreprise achète de l’électricité carbonée à un fournisseur d’énergie ; l’entreprise doit ainsi intégrer au coût d’achat de l’électricité un surcoût correspondant à la préservation du « capital-climat », si le fournisseur avait mis en place CARE. Cette réévaluation rend plus concrète le scope 3 (GES) par exemple, le traduisant de façon monétaire.

  • Flux sortants : ventes (chiffre d’affaires) et investissements financiers de l’organisation

➥ Classification de ces flux selon une matrice permettant de mettre en lumière leur impact sur le client ou le projet d’investissement (vente de produits/services ou investissements servant à préserver des capitaux, à des actions d’évitement, etc.).

Phase 5

Structuration des coûts de préservation

La conséquence logique de l’architecture comptable de CARE est de fonder la théorie de la valeur sur le coût, notamment de préservation des capitaux : ce coût établit le lien entre la comptabilité biophysique (cf. phases 1, 2 et 4) et des évaluations monétaires, qui conduisent à terme à une comptabilité intégrée.

 

Insistons sur le fait que cette évaluation au coût diffère profondément d’une financiarisation de la nature et des êtres humains, ce à quoi mène par contre l’approche selon le modèle 2 : il s’agit ici non pas d’estimer la valeur générée par des éléments socio-environnementaux mais les coûts nécessaires pour préserver les entités estimées capitales à préserver.

Les étapes précédentes permettent d’évaluer les coûts des actions de préservation à prévoir lors de l’emploi de capitaux (il s’agit de coûts budgétés). Ces coûts correspondent, par définition, à l’évaluation des capitaux employés dans CARE.

Phase 6

Reprise du modèle d’affaires en intégrant les coûts

[Structuration du Grand Livre, Proxys monétaires de la comptabilité biophysique]

La comptabilité biophysique établie en phases 1 et 2 est reprise et traduite monétairement via les coûts de préservation.

Cette phase donne lieu à une classification dynamique de l’ensemble de l’activité de l’organisation dans un plan de compte (et donc un Grand Livre), cartographiant en détail l’activité de l’organisation (entre ces activités d’exploitation et de préservation).

Ce plan de compte constitue un exercice de pré-normalisation alignée sur des enjeux de préservation écologique et adaptée à la comptabilité traditionnelle des entreprises.

Ce Grand Livre est une comptabilité intégrée (connectée aux plans de compte habituels), croisant enjeux financiers et non-financiers, traduis par le biais de valeurs monétaires (reposant sur le coût budgété de préservation).

 

Durant cette étape seront également enregistrés les coûts réels que l’organisation consent, ce qui permet une comparaison avec les coûts de préservation budgétés.

Phase 7

Bilan, Compte de Résultat, Annexe

En fin de période comptable, la phase 6 conduit à un bilan et un compte de résultat qui synthétisent les données du Grand Livre. L’annexe intègre notamment la définition des capitaux retenus, des informations sur la comptabilité biophysique (phases 1 et 2), des informations sur d’éventuelles dégradations irréversibles, etc.

Phase 8

Analyse intégrée

Une fois ce travail comptable finalisé, la dernière étape est de « faire parler » ces documents. Il s’agit donc d’étendre l’analyse financière pour proposer une analyse intégrée, apte à comprendre les performances de l’organisation de façon intégrée (Par exemple sa solvabilité écologique, dont sa solvabilité climatique, l’effet levier dû aux capitaux extra-financiers, la part des capitaux extra-financiers dans la rentabilité économique, etc.).

Cette analyse est utile à de nombreux égards, parmi eux l’anticipation d’une législation future plus stricte et une meilleure compréhension du modèle d’affaire de l’organisation pour réorienter/restructurer si besoin ses activités.